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Schenk s’est développé en distribuant et en commercialisant du vin. Mais pour asseoir son succès, il était également indispensable d’avoir une emprise sur l’ensemble de la chaîne : depuis le pampre jusqu’à la promotion du vin et le ‘consumer research’: c’est ce qu’on appelle réféchir through-the-line . «Il y a tout au plus dix entrepri-ses qui sont capables de répondre à toutes les demandes du secteur,» peut-on lire dans une présentation stratégique du groupe.

Avoir une emprise sur l’ensemble du parcours du vin, cela commen-ce par le contrôle de la production. Lorsqu’on doit compter sur des producteurs externes, le risque de voir ceux-ci interrompre à tout moment leur collaboration est permanent. Et c’est un risque que Schenk préfère ne pas courir. C’est la raison pour laquelle la maison a commencé à produire elle-même du vin dans la région de Valence: c’est ainsi que le fameux Murviedro a vu le jour: un vin d’Utiel-Re-quena et également une marque dans laquelle Schenk a investi pen-dant 75 ans et qui lui assure aujourd’hui une vente annuelle de 17 millions de bouteilles. Schenk a d’ailleurs procédé de la même ma-nière dans les trois principaux pays producteurs de vin en Europe, même si le groupe a préféré y prendre une participation dans des domaines existants plutôt que de s’occuper lui-même de la produc-tion. En Italie, il a notamment pris une participation dans le Castel-lo di Querceto . En Sicile, Schenk a conclu une joint-venture avec la Cantina del Coppierr e, tout comme avec Boccantino dans les Abruzzes. Plus récemment, le groupe a également investi dans un producteur de Prosecco. En France, après Henri de Villamont (Bour-gogne), il a récemment aussi repris le Château d’Aigueville (120 hectares dans le Rhône méridional) et le plus modeste Château Ar-gilus du Roi (St-Estèphe). Et avec tout cela, nous n’avons même pas encore parlé de Schenk en Suisse.

Historiquement, Schenk s’est développé en misant sur le commerce plutôt que sur la production. C’est la raison pour laquelle le groupe n’a créé aucune marque ou signature générique, comme l’ont fait Torres ou Antinori. Il préfère laisser les vins vivre leur vie, sous un label régional propre. Schenk représente d’ailleurs bien plus qu’une seule et unique culture vinicole et la diversité qu’incarne la maison n’aurait pas pu s’accommoder du recours à une marque générique. A Rolle, on veut coûte que coûte éviter la morosité que cela entraî-nerait, car chez Schenk, l’héritage multiculturel européen est appré-cié au plus haut point.

La Suisse au sommet

Sur le sol suisse, nous avons visité trois domaines de la maison: le

Château Maison Blanche (voir photo au début de l’article), le Do-

maine du Mont d’Or et le Château de Châtagneréaz . La Maison Blanche (Yvorne) est un château mythique et idyllique, érigé au 17 e siècle sur les décombres d’une avalanche rocheuse. Cette avalanche avait détruit l’ensemble du village construit sur le fanc de la monta-gne, mais ce drame a aussi eu une conséquence positive : la qualité du sol s’est améliorée de façon spectaculaire. Le chasselas - que l’on ne peut appeler ‘ fendant’ que dans le Valais – donne de superbes ré-sultats à Yvorne (canton de Vaud). Premièrement, le vin du Château Maison Blanche, jadis considéré comme un petit vin d’apéritif (!), a un remarquable potentiel de garde: nous avons goûté des vins qui avaient 21 ans. Le 1990 possède un superbe bouquet secondaire de feurs séchées, d’amandes, et de fruits exotiques secs. Il est crémeux et soyeux en bouche. Aucune trace d’oxydation. Le 1995 possède en-core un fruité bien vif, alors que le 1997 est le plus terreux de la série. Le 2002 , bien que légèrement volatil, charme par sa nuance fumée, sa rondeur et sa texture soyeuse. Le 2005 est plus léger, mais très acces-sible et avec une généreuse palette de goûts. Le 2007 est remarquable par sa concentration de fruits tropicaux et l’équilibre de sa fraîcheur. Tous ces vins sont non seulement les compagnons idéaux des pois-sons d’eaux douces, mais également des fromages à pâte dure. By the way: ils sont mis en bouteille dans des bouteilles à capsule à vis.

Le hasard a voulu que la carte du restaurant où nous sommes allé déjeuner le midi proposait un Maison Blanche 2001 . Nous étions donc curieux de savoir si un vin qui avait quitté le château avait, lui aussi, bien résisté à l’usure du temps. Après le repas, nous nous de-mandions plutôt si ce n’était pas le meilleur de toute la série !

Le Domaine du Mont d’Or est tout aussi spectaculaire que celui de Maison Blanche. «Cette colline droit devant nous ressemble au Ma-chu Picchu,» se dit-on lorsqu’on approche de la ville de Sion. «Vous trouvez ? Et bien, c’est le Mont d’Or» explique François. Sur cette ‘montagne d’or’ pousse du fendant – quoi de plus normal, puisque nous sommes dans le Valais ? - mais aussi du riesling, de la petite arvine, du pinot gris, de la marsanne, du cornalin (le plus ancien rai-sin du Valais), des cépages rouges et du johannisberg, la dénomina-tion locale du rivaner, surtout appréciée ici dans sa variante ‘botryti-sée’. A l’issue d’une stupéfante dégustation des 18 différents vins du domaine, nous mentionnons tout spécialement la généreuse Perle du Valais 2010 , 100% fendant, et une Petite Arvine ‘Sous l’Esca-lier’ douce et tout bonnement superbe, avec des arômes expressifs et une texture de ‘beerenauslese’. Mais le nec plus ultra, ce fut le Jo-hannisberg ‘1 er Décembre’ 2008 . Finesse, profondeur, complexi-té et longueur. Un vin 100% botrytis qui n’a pas à rougir face à un Barsac ou un 6 Puttonyos.

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