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Vino: Alfred Bonnie, vous êtes un industriel patenté, ayant particu-lièrement réussi dans un domaine totalement étranger à l’industrie alimentaire...

Alfred Bonnie: C’est exact, après un début de carrière aux Etats-Unis, dans la publi-cité, je suis rentré en Europe pour d’abord travailler pour un «lessivier» (HENKEL) en Allemagne, en Autriche et en France. En-suite, après avoir dirigé un autre lessivier en France, j’ai repris l’Eau Ecarlate que j’ai dé-veloppée pendant 10 ans avant de la trans-former.....en vin ! en rachetant en 1996 le château Malartic-Lagravière.

Vino: De quelle région, vous et votre épouse, très associée à vos activités, êtes-vous originaires en Belgique ?

AlfredBonnie: Ma femme Michèle, est née à Louvain d’un père famand (nom de jeune flle: Vermeylen) et d’une mère wallonne, elle est donc une Belge «universelle». Moi-même, je suis né à Uccle, d’un père wallon et d’une mère Eupennoise, donc également Belge «pluriculturel»!

Tous deux, vivant notre jeunesse à Bruxelles mais nous nous sommes rencontrés à l’Uni-versité de Louvain !!!

Vino: A quelle époque, l’univers de production du vin commence-t-il à vous intéresser?

Alfred Bonnie: Bien avant de me passion-ner pour la production du vin, je me suis surtout très intéressé à la dégustation.... Mon père possédait une très belle cave à Bruxelles et il a commencé à nous initier, mon frère et moi, très jeunes. En ces temps là, les très grands vins étaient encore très abordables et cela m’a permis de me façon-ner un palais expérimenté.

Les grands vins, je les goûtais chez mon père; les autres, je me les offrais moi-même! Quant à la production, je suis passé du rêve à la réalité lorsque j’en ai eu les moyens !

Vino:Pourquoi un grand Bordeaux classé de Graves plutôt qu’ un mas sympa dans le midi?

Alfred Bonnie: C’est simple, il y en a un qui lasse plus vite et un autre qui se trans-forme réellement en passion. Devinez le-quel ???

Vino: Pour de nombreux observa-teurs, avant votre arrivée, le châ-teau Malartic Lagravière s’endor-mait depuis quelques années...

AB: C’est vrai! Après un passé glorieux, tant en Rouge qu’en Blanc jusqu’aux années 70, ce château qui appartenait à la même famille depuis plus de 120 ans, a connu un ralen-tissement. Etait-ce une lassitude (aucun des 10 enfants du dernier couple n’a fait d’étu-des d’œnologie ni ne s’est intéressé à la pro-duction!) Etait-ce un manque de moyen, d’intérêt ? Bref, le cru s’est un peu «laissé aller». C’est aussi sans doute la raison pour laquelle, il a été vendu et fnalement repris

par Michèle et moi-même en 1996. On pourrait presque dire que «le sommeil des uns a fait le bonheur des autres!!!!».

Vino: Beaucoup d’amateurs de vin croient qu’il est facile de faire un grand vin, surtout lorsque l’on possède le capital. Est-il vraiment si simple et évident de faire un grand vin?

Alfred Bonnie: Cette théorie peut être fa-cilement mise en doute par l’observation at-tentive des différentes régions de vins dans le monde. Bien entendu qu’aujourd’hui, il faut du capital pour acquérir de grands terroirs, connus et établis. Mais cela ne sufft pas, loin de là ! Il faut de la patience, de l’obsti-nation, des équipes motivées, le goût du risque et de l’ex-périmentation. A notre époque, les changements dans

le vignoble sont permanents pour assurer une évolution qualitative. Au contraire de l’industrie, vous n’avez droit dans ce do-maine qu’à un seul essai par an….

Vino: Vous avez eu une carrière importante dans l’industrie. Cette expérience vous a-t- elle beaucoup aidé dans votre challenge viti-cole?

Alfred Bonnie: En exagérant (très peu), mais avec beaucoup de franchise je dirais que toute mon expérience dans l’industrie et le commerce n’aura été qu’une longue étape de formation pour une vision plus ou moins claire de la gestion et du développe-ment de nos vignobles.

Vino: Vous vous êtes prononcé en faveur d’une agriculture durable. Quels en sont les raisons? Alfred Bonnie: Pour être tout à fait sincère, la première motivation a été très égoïste. Nous avons remarqué que c’était le meilleur moyen pour améliorer la qualité des vins, leur assurer leur profondeur et marquer leur typicité. De plus, bien sûr, la certifcation en agriculture raisonnée apporte tous les avan-tages liés au maintien de la qualité de notre environnement et à l’état des parcelles que nous transmettrons à nos successeurs.

Vino: A ce propos, depuis votre ar-rivée dans le monde du vin, qu’est ce qui vous semble avoir changé dans le vignoble?

Alfred Bonnie: On est passé du doute à la certitude. Le passage à une agriculture intelligente est aujourd’hui perçu par (pres-que) tout le monde comme une nécessité impérative et ce pour de multiples raisons.

Vino: A la suite de vos premiers pas à Malartic Lagravière  vous avez décidé de faire appel à Michel Rol-

land comme conseiller vinicole. Cet œnologue à la réputation bien établie est-il vraiment incontour-nable pour faire un grand vin à Bordeaux?

Alfred Bonnie: Pour moi, Michel s’impo-sait comme consultant à Malartic-Lagravière et je l’ai contacté dans la semaine qui a suivi l’ achat de la propriété.

Les Rouges de Malartic-Lagravière étaient devenus austères tout en gardant une gran-de élégance. Je voulais leur redonner de la grâce et du charme. Je pense qu’avec son aide, nous avons atteint l’objectif.

Quant aux Blancs, Denis Dubourdieu nous a aidé à remettre un peu d’ordre dans la maison, ce qui nous a permis de retrouver l’éclat qui ravit tant de connaisseurs depuis des dizaines d’années.

Vino: N’étant pas viticulteur de mé-tier, vous avez néanmoins dû vous entourer de compétences immédia-tes sur l’exploitation ?

Alfred Bonnie: C’est évident car pour faire, millésime après millésime, de grands vins, il faut créer une équipe de passionnés dont le cœur bat professionnellement pour le château… C’est le cas de Philippe Garcia, notre maître de chai depuis 1997 mais aussi de Jean Pelatan et de son successeur dans la responsabilité du vignoble, Benoît Pré-voteau. C’est bien entendu aussi le cas de mes enfants et de toute une équipe de jeu-nes qui y mettent le meilleur d’eux-mêmes. Dans une propriété comme la nôtre, il n’y a pas un viticulteur mais une équipe soudée de viticulteurs…

Vino: Le score pour le Malartic 2009 rouge est très elevé: 93-95. Dif-ficile de faire mieux, pensez-vous que votre terroir vous permette d’encore progresser...

Alfred Bonnie: Les changements que nous avons réalisés peu à peu dans le vi-gnoble mettent jusqu’à 15 ans pour porter la totalité de leurs fruits. Au risque d’être traité d’optimiste ou d’utopique, je di-rais que «oui». Je suis persuadé que nous n’avons pas encore tout vu de Malartic-La-gravière…

Vino: Toute la famille s’inves-tit  aujourd’hui dans votre projet personnel devenu au fil du temps réalité. Un gage probant d’avenir... Alfred Bonnie: C’est un des plus grands plaisirs que j’ai eu.

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Je suis intimement convaincu que l’Argentine deviendra un des «grands» du vin dans la décennie qui commence.

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